Manuela et Olmo se retrouvent comme ils s'étaient promis quinze ans plus tôt à l'adolescence, lorsqu'ils ont vécu leur premier amour.
NATIONALITÉ : Espagnol
SÉANCE SPÉCIALE DIMANCHE 8 FÉVRIER À 17H, SUIVIE D'UNE RENCONTRE AVEC LE RÉALISATEUR, JONÁS TRUEBA.

Né à Madrid en 1981, Jonás Trueba débute avec Todas las canciones hablan de mí, nommé aux Goya. Il enchaîne avec Los ilusos et Los exiliados románticos, Prix spécial du jury à Malaga. La reconquista remporte le Prix Ojo Crítico. Son film Eva en août est nommé aux César en 2021 et connaît le succès en France. Qui à part nous, triplement primé à San Sébastián, remporte le Goya du Meilleur documentaire en 2022.
FILMOGRAPHIE
2024 – Septembre sans attendre
2022 – Venez voir
2021 – Qui à part nous
2020 – Eva en août
2016 – Le Reconquista
Reconquérir le temps perdu de l’amour
Un autre point sur la grande tapisserie de l’amour, tissé Jonas Trueba, vient rétrospectivement éclairer nos écrans et bouleverser les spectateurs français. Sa filmographie nous a ému jusqu’ici avec l’histoire d’un désamour (Todas las canciones hablan de mí, 2010), la naissance d’un amour au cours d’une renaissance estivale (Eva en août, 2019), deux couples affrontant leurs visions de la vie qu’elle soit champêtre ou urbaine (Venez-voir, 2022), un divorce de Schrödinger (Septembre sans attendre, 2023). La Reconquista (tourné en 2016) vient aujourd’hui nous plonger au cœur du souvenir d’un amour lointain.
Ici la caméra promène son regard sur le théâtre madrilène des souvenirs d’Olmo (Francesco Carril) et Manuela (Itsaso Arana, qui marquera sa première collaboration avec le cinéaste, que l’on suivra ensuite dans tous ses films). Elle lui tend une trace de l’avenir qu’ils se sont promis, une lettre qu’il lui a écrite 15 ans auparavant, quand ils vivaient leur premier amour. « To stroll down memory lane » dirait-on outre manche, la mise en abyme spatio-temporelle, « se balader dans la mémoire » s’inscrit dès la séquence d’ouverture. La déambulation mémorielle s’incarne dans le décor de leur rencontre, un jardin qui propose de cheminer parallèlement afin de se retrouver. Madrid emmènera les deux protagonistes au cœur de sa nuit, afin d’explorer une alternative quantique de ce que leur amour a été ou aurait pu être.
Quantique, car à l’instar de Septembre sans attendre où la relation est et n’est plus en même temps, Jonas Trueba regarde les choix qui ont constitué les versions de nous même au temps présent. Cette exploration des avenirs possibles dans la mémoire n’est pas sans rappeler La Recherche du Temps perdu, où Marcel Proust nous dit, à propos d’une désillusion amoureuse, que nous aimerions toujours être conseillées par les versions futures de nous-même. Trueba propose un contrepoint, la version de ses personnages à 15 ans sera la seule qui pourra comprendre l’amour ressenti alors, et les mots de cette lettre. Plutôt que Le Temps retrouvé, c’est la reconquête de la mémoire. Celle-ci nous transporte ensuite très élégamment dans la seconde partie du film, où crèvent l’écran Candela Recio et Pablo Hoyos, Manuela et Olmo à 15 ans.
Jonas Trueba croque avec une grande sensibilité, l’expérience humaine du Temps, avec l’amour comme témoin de cette perception. Pour figurer son passage dans nos existences, le temps lui même devient un instrument de cinéma, que le cinéaste distord, dilate à sa guise, grâce à son rapport au cadre, à la subtilité de ses mouvements de caméra, à la place qu’il donne à la musique (rares sont les films on l’on écoute un morceau entier), à l’arythmie de son montage ou encore à la douceur de sa lumière.
Romain Grosjean, directeur du Cinéma Rex à Brive-la-Gaillarde
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